Woodkid

La forge de l’âge.

Ecouter « The Golden Age » de Woodkid, c’est ouvrir une boîte mystérieuse, semblable à celle de « Pulp Fiction » où seule une lumière forcément dorée en émane: derrière une apparence normale se dissimule toute la complexité, une mangrove, un labyrinthe mythique et les enjeux des royaumes intérieurs: un âge d’or passé qui annonce une nouvelle ère.

Au compte-goutte, à l’ancienne, pièce par pièce, le puzzle Woodkid a pris forme dans les dédales des réseaux sociaux et les plateformes de partage de vidéos: un clip puis trois et à chaque fois des chocs esthétiques: les images noires et blanches, des cavalcades sonores, des plans larges, des travellings, ou des ralentis léchés, des visages, des créatures qui jaillissent de la Terre et des yeux en gros plans: la musique de Woodkid est d’abord une alliance évidente des notes et des storyboards. Le musicien-clippeur-cinéaste Yoann Lemoine réalise d’abord des clips pour Lana Del Rey ou Drake notamment, et cette matière visuelle est intimement liée à celle de sa musique. L’une des forces de l’album de Woodkid est de proposer un univers multimédia cohérent, embrassant toutes les formes des arts actuels.

Musicalement, « The Golden Age » fait immédiatement penser au mot épique, tellement l’assemblage de sons, parfois lourds avec des tambours, ou enivrant avec violons, des orgues, entraîne l’auditeur dans un univers parallèle. Un monde ou plutôt des mondes héroïques fantasy où l’auteur livre des indices, des signes, et des émotions sur ses tourments, ses espoirs, ses voyages intérieurs, ses Graals et sur ses âges  tout rime avec « âge » d’ailleurs dans ce voyage, ce passage, ces nuages (new age?), ces pages (de livres ou Web) où il existe un rivage, une plage de mer et 14 plages musicales. On ne peut s’empêcher de penser à la musique de Clint Mansell ou celle de Philip Glass.

Woodkid - The Golden AgeWoodkid – The Golden Age, Cover Album, 2013 ©

D’emblée Woodkid nous dit que l’âge d’or est derrière lui et que maintenant s’ouvre les portes des nouveaux horizons mais pour cela il faut en passer par des étapes de transformation: « Run Boy Run », « I Love You », « The Shore », « Ghost Lights », « Conquest of Spaces » soit autant de check-points qui révèlent les états d’âmes, les ét(ages) de la Grande Tour : amour, amant, perte, famille, quête, musique onirique et envolée, voix dictée et mélodies sauv(ages), Woodkid explore pleinement les recoins sombres et lumineux de son existence. Et quand l’itinéraire touche à sa fin, le surpuissant et enivrant « Iron » sonne la charge ultime, avant de poser le pied de l’autre côté, « The Other Side », là tout prend forme, là où les paroles sont des échos mystiques qui appellent à l’heure des comptes. Qu’y a-t-il sur cette rive? Qu’ouvrent les deux clés noires croisées?

Ambitieux, méthodique et travaillé avec le soin d’un artisan compagnon, l’album de Woodkid invite à une trame de fer enveloppée dans un écrin pop de toute beauté et c’est cette dualité frappante qui confère à cette entrée en matière la patine des obscurs objets du désir: ce « The Golden Age » n’est pas l’album d’un Kid of the Stone Age mais bien celui d’un Man on the Edge en pleine forge de l’âge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.