Ms Mr

Caresses et stress, breaks et menaces.

Une voix sépulcrale qui semble émerger du néant, un collage de photos Tumblr made in 90’s et un buzz à la hauteur du titre, addictif et envoûtant. Non, ce n’est pas de Lana del Rey dont nous allons vous parler. Pourtant, suite au succès de leur premier single, « Hurricane », le tandem Ms Mr (prononcer Misses Mister) a réussi à séduire la blogosphère avec une fulgurance et un enthousiasme qui n’étaient pas sans rappeler les débuts de la babydoll lynchienne.

Première vague à déferler donc: « Hurricane » et ses rythmes trip hop aériens qui nous rappellent la moiteur new-yorkaise d’un jour d’été, alors que les nuages craquellent de façon presque imperceptible, jusqu’à se fendre dans toute leur longueur, annonciateurs d’une de ces éclipses de pluie dont la Grosse Pomme a le secret. On se dit très vite que cet ouragan d’émotions pourrait ériger le duo, si tant qu’il en ait envie, au rang d’ambassadeur de la chill-wave, cette électro teintée de new-wave et de nostalgie. Une nostalgie symptomatique d’une époque prise en étau entre réalité bien morose, crise oblige, et le besoin de lâcher les vannes, un instant, et tant qu’à faire, l’espace d’une chanson. Sorti en septembre 2012, leur premier EP, « Candy Bar Creep Show » résonne d’ailleurs comme le manifeste d’un groupe qui assume prendre plaisir à plonger à pieds joints dans l’éthos de cette époque bourrée de contradictions, contraint de louvoyer entre caresses et stress, breaks et menaces.

Ms Mr, Candy Bar Creep ShowMs Mr, Candy Bar Creep Show, cover Ep, 2012 ©

Très attaché à l’aspect visuel de ses morceaux, le duo new-yorkais ne se lasse pas de collecter des images sur le Web et de les assembler pour réaliser ses clips. « Il est vrai que je passe un temps fou à chercher des illustrations qui nous plaisent. Pour nous, le visuel et la musique vont de pair », se justifiait Lizzie, la chanteuse. Joignant le geste à la parole, le duo a décidé de recourir à Tumblr pour diffuser ces titres, les semaines précédant la sortie de leur premier EP. Et c’est « Bones » qui a prolongé l’avis de tempête initial, en nous transportant dans une salle d’interrogatoire au sein de laquelle on croirait assister à la déposition glaçante et nerveuse d’une réincarnation de la kamikaze bobo mystique, Florence Rey. Laquelle nous parlerait, en vrac, du « baiser de la mort », d’une « fantaisie sombre et tortueuse » et de l’ « absence d’âme ». Le tout édité version karaoké. « Dig up her bones but leave the souls alone », martèle alors le duo dans ce morceau dont la pesanteur est inversement proportionnelle à la sympathie et l’énergie qu’il dégage en privé.

« This world is gonna burn burn burn burn / If you were gonna die, bury us alive, If they’re searching for us, they’ll find us side by side », poursuit ensuite une Lizzie qui manie à la perfection l’oxymore musicale, chantant de sa voix cristalline la probité nihiliste de « Dark Woo Dop ». Même credo pour le clip dans lequel se succèdent, shootées en Super 8, embrassades de mariés et scènes d’apocalypse. On pense forcément au romantisme tragique du « There is a light that never goes out » des Smiths. On se surprend à imaginer la bande son d’une version seapunk, un poil kitschouille, de Roméo et Juliette. On se rappelle, en vrac, l’abandon de Florence and the Machine, quand Lizzy laisse aller sa voix, le son goth-pop planant de Zola Jesus et le magnétisme de Marina and the Diamonds, dont ils ont d’ailleurs assuré la première partie au cours de sa dernière tournée américaine. Et pour tout ça, on les prie, d’agréer, Ms Mr, l’expression de nos sentiments distingués.

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