Guillaume Bresson
Caravage dans la téci.
Guillaume Bresson est peintre, il est né en 1982 à Toulouse. Diplômé de l’École supérieure des Beaux Arts de Paris, il réside et travaille actuellement à Berlin. Son exposition parisienne à la Galerie Nathalie Obadia en 2010 a laissé des traces dans les esprits. Et sur les murs.
Parmi les barres d’immeuble et les lascars énervés, Guillaume Bresson est un peintre du corps en mouvement. Le sujet de la narration est violent et quotidien, bas, réel. On y reconnaît des Volkswagen immatriculées 75, des baskets Puma, un carton de pack de bière 1664. Mais il ne faut pas s’y tromper : le réel fonctionne ici comme point de départ et de dépassement du réalisme.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2007, Huile sur toile / Oil on canvas 169 x 205 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson, Sans-titre, 2007, Huile sur toile / Oil on canvas, 130 x 160 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
À l’opposé du réalisme indigent de reportage télévisé qui, d’habitude, traite ce genre de sujet, Bresson mobilise la grande tradition classique, sa culture artistique étant mise au service de l’expression. Si Poussin peignait L’Enlèvement des Sabines, Bresson peint les bastons en sweats Adidas et en casquettes Lacoste. Le Caravage choisissait les gueux qui peuplaient les rades de Naples ou de Rome comme modèles de ses Apôtres, de ses Saints ou de ses Christ. Bresson s’en souvient et sublime une scène de fait-divers urbain en majestueux motif de danse brute. La citation n’a de valeur que si elle est fonctionnelle, que si elle dit quelque chose de notre temps, de la peinture à faire aujourd’hui.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2008, Huile sur toile / Oil on canvas, 170 x 300 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Nicolas Poussin, L’Enlèvement des Sabines, vers 1637-1638 ©
Les contrastes de lumière puissants donnent une grandeur dramatique à ces bagarres. L’outrage volontaire de la pose des corps fait sortir le réel de ses gonds. L’expression déferle alors de partout dans le cadre : chaque bras tendu, chaque bassin courbé, jusqu’au détail de la moue d’un visage, prend un tour théâtral, éclate dans une scène grandiose et triviale. C’est dans ce grincement du réel que vibre la beauté, pointant vers le sacré, des tableaux de ce peintre de talent.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2008, Huile sur toile / Oil on canvas, 170 x 200 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Le Caravage, Vocation de St. Mathieu, 1600 ©
L’épopée mythologique vue par Poussin au Grand Siècle est revue à son tour par Bresson à notre petite époque, démythifiée, dépourvue de héros mais non de ces beautés cruelles où l’homme peut observer sa grande âme noire. Ces personnages en survêtement s’apparentent à des figures-types de notre génération. Si la Vocation de St Matthieu a été rendue au tripot par Caravage, Bresson décèle des traces de sublime dans les grands ensembles. A cet égard, Bresson peint éminemment (avec) son temps. C’est le cas également dans la préparation minutieuse de ses œuvres, parce que son art mêle la technique éprouvée de la grisaille et le photomontage numérique. Il peint la rue sur sa toile ; il fait rentrer le street art dans l’atelier.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2008, Huile sur toile / Oil on canvas, 170 x 200 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
À l’image des meilleurs, il est avant tout un artiste de la composition, de l’agencement, de la mise en espace. Cet espace, souvent dépouillé, ajoute à la dramaturgie. Il est tantôt vertigineux, tantôt étouffant. Il contient et contraint les corps qui semblent en lutte – ou en danse – avec lui comme avec les autres corps. Dans ses scènes de règlement de compte à la chaîne de vélo ou de passage à tabac dans un parking de cité, Bresson montre la violence d’abord parce qu’elle est mouvement des corps en furie, chorégraphie épique. Les gestes sont figés dans une sorte d’explosion glacée, de hurlement muet.
Notre corps à tous, celui que nous avons en commun, sous Néron comme sous Sarkozy, est le ciel et le sol des tableaux de Guillaume Bresson. Son art est résolument figuratif, narratif avec éclat, en ce que la figuration est une tentative pour remettre l’homme au centre du tableau. Nous attendons une prochaine exposition en France avec impatience.
Guillaume Bresson ©
Guillaume Bresson, Sans titre, 2010, Oil on canvas, 91 x 160 cm/ 36 x 63 in., © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2007, Oil on canvas, 169 x 205 cm/ 66,5 x 80,7 in., © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2008, Oil on canvas, 170 x 300 cm/ 67 x 118 in., © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson ©
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Guillaume Bresson, Sans titre, 2010, Oil on canvas, 91 x 160 cm/ 36 x 63 in., © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson ©
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Guillaume Bresson, Sans titre, 2010, Huile sur toile / Oil on canvas, 20,2 x 30,6 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
Guillaume Bresson, Sans titre, 2011, Huile sur toile / Oil on canvas, 19,5 x 96 cm, © Courtesy Galerie Nathalie Obadia, Paris/Bruxelles.
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