Bruce Wrighton
Portraits bruts.
Bruce Wrighton était un photographe américain, né en 1950 à Ithaca. Il vécut et travailla à Binghamton, dans l’état de New York, jusqu’à sa mort à l’âge de trente huit ans, en 1988. La galerie Les Douches expose bon nombre de ses clichés à Paris, à partir du 16 novembre 2011.
Sa série Street Portraits, prise avec sa chambre photographique 20 x 25, donne à voir et à connaître soixante quinze personnes qui ont accepté de poser devant lui. Car l’art du portrait d’après Wrighton s’apparente à une véritable interaction entre l’artiste et le modèle.
Blind woman at Woolworth’s counter, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Man with Johnny Cash tee-shirt, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Downtown man #3, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Ici, pas de prise de vue hâtive ni d’image captée à la volée. Les contraintes techniques de la chambre obligent à une préparation longue et minutieuse, contre la logique des clichés de paparazzi ou de certains reporters. L’appareil n’est pas caché mais bien voyant, massif, posé sur un trépied. Il impose sa présence. Wrighton parle avec ses modèles, tente de les mettre à l’aise, écoute ce qu’ils ont à dire avant de shooter. Le fait de regarder ces personnes oubliées, mises au ban, les fait exister à nouveau.
Car ce sont des individus issus de milieux populaires et des couples marginaux, pris dans leur espace, qui peuplent les clichés de Wrighton. On est saisi autant qu’on saisit le regard de ces forains du dimanche devant une grande roue, de cet ouvrier adossé à un échafaudage, de ce vigile devant un coin de mur, de cette caissière de supermarché devant le rayon des cartes postales. Les visages imparfaits, usés et fatigués, répondent aux vêtements sales, parfois en haillons, pour rendre à l’appareil photo la force inouïe de leur être au monde.
La mise au point de la photo par chambre permet de découper les silhouettes de ces personnages sur des fonds nets. Les couleurs pleines et charnues ajoutent à la matérialité sculpturale de ces personnages, a la vivacité de leur présence. Une tendresse communicative s’imprime sur la pellicule. Les moues sur les visages ou le port des mains refusent la pose figée. On voit poindre une émotion intense dans l’esquisse d’une grimace, dans un tatouage discret ou dans l’imprimé d’un T-shirt sale. Chaque détail paraît receler une histoire.
Lady with handbag, 1987, tirage c print, 20,3 x 25,4 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Man at scaffolding, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
L’empathie du photographe dessine une ligne de continuité entre ces êtres des classes populaires, voire en marge, et le spectateur. On ne sait plus qui observe qui. On devine que les regards sont échangés, mutuels. Et on finit par comprendre que les portraits de Wrighton sont la captation d’une reconnaissance réciproque: je reconnais l’autre, cet autre marginal qui plus est, comme un sujet; en même temps, son regard me fait prendre conscience que je suis moi aussi doué de conscience. Un lien indéfectible et caché nous unit. Cette reconnaissance de soi par autrui — l’intersubjectivité d’un Sartre — est saisie chez Wrighton dans toute la force et la beauté de l’instant vécu, de l’œillade échangée. Le lien d’humanité passe par ce jeu à trois des regards (photographe-modèle-spectateur).
Bruce Wrighton chante la majesté des petites gens, de ces « vies minuscules » chères à Pierre Michon. Sa manière est celle de la grande tradition du portrait photographique, de Eugène Atget à Lewis Hine en passant par August Sander ou Diane Arbus. Une exposition à ne pas rater.
«Je veux que les gens puissent être libres de voir ce que j’espère ils verront, c’est-à-dire cette coupure entre une associabilité manifeste et l’intensité d’une vie commune à tous.» Bruce Wrighton
Man with red hat, 1987, carnivl, Johnson City, NY, tirage C print, 20 x 25 CM, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Fred, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Woman with « Love » tee and tattoo, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Man with studded bracelet, 1987, carnivl, Johnson City, NY, tirage C print, 20 x 25 CM, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Woman in pink, 1987, carnivl, Johnson City, NY, tirage C print, 20 x 25 CM, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Security guard (female), 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Man with pocket pens, 1987, Binghampton, NY, tirage C print 20 x 25 cm, vintage © Bruce Wrighton/Courtesy Les Douches La Galerie
Hors exposition:
Woolworth employee, 1987 © estate of Bruce Wrighton. Courtesy Laurence Miller Gallery, New York
Couple in blue, 1987 © estate of Bruce Wrighton. Courtesy Laurence Miller Gallery, New York
Parking Attendant, 1987, © Bruce Wrighton
Exposition du 16 novembre au 23 décembre 2011
Les Douches la Galerie
5 rue Legouvé
75010 Paris
Métro : République ou Jacques Bonsergent
Tel : 01 46 07 10 84 – Fax : 09 59 66 68 85
contact@lesdoucheslagalerie.com
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